Programme

En plus du séminaire se tiendront à la ferronerie plusieurs activités : une réalisation de maquette, une exposition permanente, des repas et des projections de films. Retrouvez le détails de ces activités ci-dessous.

 

ATELIER MAQUETTE

Imaginer une autre ville. Imaginer une autre manière de faire la ville. Loin des maquettes blafardes et hygiéniques des spécialistes. Loin de l’urbanisme unilatéral décidé par des costards-cravates dans des bureaux vitrifiés. Que serait une ville qui ressemblerait à la prolifération d’herbes folles ? Des paysages indécidés s’étofferaient au creux du bâti. Toute inondation y serait l’occasion d’itinérances inédites. Et tandis que la rouille se chargerait d’égayer l’arrogance du métal immobile, les interstices se garniraient de cabanes-corails. Nous voulons une ville d’habitants volants.

-> Jeudi 19 et vendredi 20 : journées de 10h à 18h

-> Lundi 23 et mardi 24 : nocturnes de 16h à 22h

 

EXPOSITION PERMANENTE

-> 2010-2018 : du Pot’Col’le au Quartier Libre des Lentillères

 

PROGRAMME DU SÉMINAIRE

VENDREDI 20 AVRIL

19h : « Fragmenter l’urbain »

Introduction des discussions par le groupe « politiques urbaines » associé au Quartier libre des Lentillères.

19h 30 : « La métropolisation : nouveau paradigme de gouvernement, nouvelles conflictualités »

« Le mode de production organise – produit – en même temps que certains rapports sociaux –, son espace (et son temps) », écrivait Henri Lefebvre en 1974. L’urbanisme, c’est-à-dire la conception de l’espace se trouve alors déterminée par les impératifs correspondant à ce mode de production. Loin d’une discipline émancipatrice visant la recherche du bonheur collectif, il s’agit davantage de produire l’espace en fonction d’une politique : l’économie.
Si l’urbanisme fonctionnaliste, qui reposait sur la spécialisation fonctionnelle des espaces, s’est constitué sous la poussée du fascisme (Le Corbusier) puis du compromis keyneso-fordien des trente glorieuses pour produire un espace urbain destiné à la circulation des flux de forces de travail, de quelles transformations la Métropole est-elle le signe à l’heure de la désindustrialisation, de la précarisation des conditions d’existence, et du chômage de masse ? Il conviendra alors d’opérer un retour socio-historique sur les évolutions des politiques urbaines depuis l’après-guerre afin de pointer les processus en jeu. On verra alors que la revendication du Droit à la Ville fut absorbée par les politiques urbaines (Garnier & Goldshmidt) et conduisit à une mise en concurrence des territoires et des êtres. Ensuite, la spécialisation des « bassins économiques locaux » couplée à la désindustrialisation a entraîné une concentration des capitaux et des individus dans des aires urbaines et à l’institution d’une nouvelle figure de l’ennemi intérieur. Puis, l’idéologie culturelle et participative comme forme spécifique de gouvernementalité est venue transformée les processus de ségrégation socio-spatiale tout en les pacifiant.
Enfin, si la Métropole fut interrogée philosophiquement, il s’agira de la définir sociologiquement. Non pour produire de nouvelles catégories de « dominés » mais pour révéler les antagonismes qu’elle génère et déterminer des pistes stratégiques pour les luttes urbaines contemporaines. Nous proposerons alors, dans le cadre de cette sociologie critique, radicale et impliquée contre la Métropole d’envisager l’autonomie politique comme la production de contre-espaces, mais également de contre-temps.

Présentation et discussion animées par Simon Le Roulley, enseignant-chercheur à l’Université de Caen.

 

SAMEDI 21 AVRIL

10h : De la critique de la ville durable à la constitution d’un front anti-métropolitain

Parmi les fantasmagories qui caractérisent l’avènement de la métropole, la « ville durable » est devenue incontournable. La densification urbaine viserait à limiter l’expansion des villes et se doublerait d’un projet d’intégration privilégiant la mixité sociale et l’égalité environnementale à travers des programmes aussi pharaoniques que peuvent l’être les éco-quartiers. Pour en comprendre précisément les enjeux, il est nécessaire d’en situer l’imaginaire d’action dans l’accélération de la métropolisation et le réarmement productiviste de la croissance visant à peser dans le champ du capitalisme urbain globalisé. Lois et réformes territoriales, mais également labels et récompenses, en servant de support à des enjeux globaux, participent à la définition de l’espace métropolitain et d’une nouvelle géographie de la domination. Impératif de contrôle énergétique et tyrannie de la performance éco-responsable convergent dans un corpus de politiques publiques qui définissent les règles du jeu au sein du champ de bataille de la compétitivité économique.
Face à ce phénomène de  reformulation du pouvoir à l’échelle des Métropoles et  des Méga-régions,  face à ce nouveau paradigme de gouvernement des corps et à sa vision du monde totalisante, une multitude de formes d’engagements et de luttes surviennent. A distance des pièges de la participation citoyenne, entre opposition et insoumission, entre résistance et désobéissance, entre dissidence et sécession, une foule d’expériences sont menées, depuis les villes ou, plus encore, à leurs marges et en leurs dehors. Ménagement de la terre, explorations de l’habiter, réseaux de coopération ou formes d’actions autonomes, à partir de ces points de vies qui ne se laissent pas compter et assigner, dans la force de leurs singularités, on voit se dessiner de nouveaux horizons communs (et de communs).

Présentation et discussion animées par Guillaume Faburel, géographe, enseignant-chercheur à l’université Lyon 2.

14h : Enquêtes sur les milieux en résistance à la gouvernementalité écologique

Les métropoles contemporaines sont le lieu d’expérimentation d’une gouvernementalité orientée par trois axes distincts. Un axe économique, désigné par le terme même de métropole, qui vise à leur transformation dans le sens univoque de leur compétitivité et de leur attractivité. Un axe écologique, désigné par le syntagme « ville durable », qui vise à la diminution des gaz à effets de serre de leurs infrastructures. Un axe cybernétique enfin, popularisée par l’expression smart city, qui vise leur gestion intégrée et à distance à partir de tableaux de bords numériques. La gouvernementalité qui en découle se décline à la fois subjectivement et physiquement. Elle opère tout autant par la promotion de figures (l’investisseur, l’éco-citoyen, le smart people,) et de comportements vertueux (gestes responsables, vies connectées et génératrices de richesses) que par la dissémination dans l’espace d’équipements (bacs de tri sélectifs, artères commerciales et flottes de voitures électriques…) qui façonnent les corps et orientent les pratiques. Il est important de connaître et de nommer ces processus afin de leur opposer une résistance adéquate. Mais il est tout aussi important de ne pas leur accorder trop de crédit ou de pouvoir si l’on veut défendre d’autres modalités de fabrication et d’appropriation des villes. Comme tout milieu vivant, la ville est un milieu rétif à son gouvernement, elle est proliférante, déviante, elle est pleine de frictions, de marges et d’interstices. Pour cela, et malgré les efforts titanesques qu’elle met en œuvre, la gouvernementalité des métropoles ne cesse de dysfonctionner et de rater son objet. Prenant acte de ces constats et à partir de multiples enquêtes réalisées dans différents milieux urbains, nous essaierons de donner à voir quelque chose qui relève plus du combat au corps à corps que de la conquête achevée et par là, de mettre l’accent sur l’extrême diversité des résistances aux nouveaux modes de gouvernement des villes. Notre avantage est qu’au fond, ce sont les gouvernants les rêveurs, les utopistes, ils voudraient pouvoir édifier des villes enfin gérables, mais un tel rêve ne peut se réaliser qu’à condition de faire table rase du passé. Ils voudraient pouvoir supprimer ce sur quoi, de notre côté, nous pouvons partout prendre appui, tout ce qu’il y a de joyeusement remuant dans nos villes, tout ce qui, en somme, trame la vie urbaine.

Présentation et discussion animées par Rémi Eliçabe et Amandine Guilbert du Groupe Recherche Action de Lyon.

 

DIMANCHE 22 AVRIL

10h : L’arraisonnement du foncier péri-urbain par la métropole

A l’heure actuelle, Dijon-métropole tente de se positionner comme leader de l’autonomie alimentaire citadine en lien avec la promotion de l’agriculture péri-urbaine. Ce positionnement n’est pas propre à Dijon. La thématique alimentaire est mise en avant par les métropoles qui entendent regagner leur « autonomie  en la matière ». La réponse au « consommateur » et l’enjeu du développement durable sont les arguments avancés dans ce processus qui accompagne une intégration toujours plus poussé de l’agriculture et des agriculteurs dans un système agro-industriel et aujourd’hui, agro-métropolitain. Une réactualisation en somme de la domination des paysans à l’heure des circuits courts et de la smart city. Ce projet s’accompagne de mutations importantes dans l’aménagement du territoire. En particulier, l’administration du foncier péri-urbain devient un enjeu de taille, dont la métropole tente de s’arroger la prérogative. Derrière les nouveaux vignobles du plateau de la Cras qui permettront la commercialisation d’une appellation « ville de Dijon » ou l’installation de nouvelles exploitations maraîchères, se cache tout un dispositif économique qui repose sur la transformation de la gestion agricole. Au cours des dernières années, on a pu assister à la diffusion de l’expertise comme modalité prédominante de gestion du foncier agricole dans les territoires ruraux et en voie d’urbanisation. Une somme de facteurs ont permis le passage d’un gouvernement du foncier par et pour la profession agricole a des formes plus éclatées d’action publique, ou se côtoient des acteurs et des référentiels très divers. Cette entrée rend possible une lecture des processus de réagencement des acteurs du foncier, avec un regard attentif aux mondes agricoles et urbains et aux rapports de force en présence. Dans une perspective critique, il s’agit en quelque sorte d’inviter une sociologie rurale aux frontières de la ville, dans les méandres des dispositifs urbains.

Passant de la critique à la pratique, on constate qu’au cœur de la métropole, s’attachant à une toute autre articulation du rural et de l’urbain, une multiplicité d’expériences se vivent et se pensent dans des formes d’autonomie antagoniques avec le déploiement économique du pouvoir. Quel horizon commun pourrait lier ensemble ces tentatives afin d’en affermir les bases propres tout en ouvrant d’autres possibles ?

Présentation et discussion animées par Yannick Sencébé du laboratoire Cesaer (Centre d’Economie et de Sociologie Appliquées à l’Agriculture et aux Espaces Ruraux), Agrosup Dijon .

14h : Table Ronde : Défaire l’image « Dijon-métropole », perceptions et constructions

Du lancement de la marque « Just Dijon » en janvier 2018 à la plantation de truffières en passant par l’annonce d’une future smart city ou par le démentiel projet de Cité de la gastronomie et du Vin, la ville des gouvernants semble prise dans une course frénétique pour être à la pointe de la métropolisation contemporaine. Il est nécessaire de démonter un à un les rouages imaginaires et techniques de cette méga-machine afin de faire rupture avec l’avenir unique et catastrophique qu’elle promet.

L’hégémonie métropolitaine repose notamment sur une abondance narrative par laquelle le pouvoir entretient une adhésion à ses visées. Il faut donc commencer par s’attaquer directement à la rhétorique et à la production d’images dont on nous inonde au quotidien. Toutefois, le problème ne s’arrête pas au niveau des représentations. La production de valeur dans le cadre du capitalisme occidental contemporain repose fondamentalement sur des formes variées de mises en récit. La Cité de la Gastronomie est exemplaire à cet égard. Bien au-delà de la simple figuration, la possibilité du projet repose entièrement sur l’invention d’une histoire gastronomique et patrimoniale qui permet l’ouverture d’un nouveau cosmos de spéculation commerciale en créant des réalités socio-historiques telle que « le repas gastronomique des français ». Plus spécifiquement encore, le projet effectue une articulation inédite entre les éléments les plus en vogue du développement de la métropole dijonnaise : luxe alimentaire, tourisme, patrimoine local, enjeux fonciers et pôle techno-agricole s’y trouvent mêlés.

Etant toutes et tous les sujets de cette production de désirs, de mémoires, d’images et de marchandises intégralement inféodée aux impératifs capitalistes, nous pouvons également tous en être les critiques. C’est donc collectivement qu’il s’agira d’effectuer une synthèse afin de transformer nos perceptions et de devenir capables d’imaginer une autre ville.

La table ronde sera initiée par François Jarrige et Jean-Louis Tornatore de l’ atelier « penser les transitions » de l’université de Bourgogne, en collaboration avec des membres du groupe « politiques urbaines » associé au Quartier Libre des Lentillères.